• III. Risques et éthique

    III. Risques et éthique

    1) Les nanotubes et les nano-objets sont-ils dangereux ?

    Malgré la constante croissance de l’utilisation des nanotechnologies dans beaucoup de domaines,  l’utilisation de cette technologie peut s’avérer dangereuse si des précautions ne sont pas prises pour empêcher qu’elle ne soit trop nuisible pour l’homme. En effet, la capacité des nanoparticules et des nanofibres à pénétrer le système respiratoire et à interagir avec des cellules du corps humain est un problème à prendre très au sérieux.

    Les nanotubes de carbone ont une structure proche de l’amiante lorsqu’ils sont en petite quantité. Inhalés ou ingérés, ils seraient en mesure de se glisser dans le cytoplasme des cellules et de finir leur course dans l’ADN même de la cellule. Cela ferait courir de graves risques aux utilisateurs de nanotubes de carbone. Cependant, l’amiante est une structure friable, tandis qu’un bloc de nanotubes reste compact. Les risques que les nanotubes se détachent sont donc minimes.


    Inhalation de différentes particules carbonées chez la souris

    Fig. 25 : Inhalation de différentes particules carbonées chez la souris


    Cette image montre les dégâts causés par 0,5mg de particules carbonées dans la trachée d’une souris 90 jours après inhalation.

    (A) Noir de carbone. Les particules sont dispersées dans les alvéoles.

    (B) Quartz. La flèche montre un agrégat de lymphocytes autour de macrophages contenant des particules de quartz.

    (C) Nanotubes de type CarboLex. Granulomes contenant des particules noirâtres.

    (D) Nanotubes bruts. Granulomes à petit grossissement.

    (E) Nanotubes bruts. Un granulome à fort grossissement.

    (F) Nanotubes purifiés. Un grand granulome dégénéré et nécrosé


    En outre, un autre risque majeur causé par les nanoparticules est leur élimination. Une fois introduites dans l’organisme, les nano-objets sont naturellement évacués par les reins ou par drainage lymphatique. Mais il peut toujours subsister d’infimes traces, donnant lieu à la naissance d’une future tumeur, ou pire, s’intégrant dans l’ADN d’une cellule, conduisant ainsi à sa mort ou à son dérèglement.



    La dangerosité des nanoparticules est à ce jour peu connue et l’homme manque parfois de recul lorsqu’il est face à une nouvelle ère technologique.

    L'effort mené pour évaluer ces dangers est d’environ 1 % des budgets de développement aujourd'hui. Il doit être poursuivi massivement pour prendre en compte les risques toxicologiques et les formes d'exposition aux nanoparticules et pour établir des normes.

    Caricature des chercheurs s’adonnant à des expériences "inutiles"

    Fig. 26 : Caricature des chercheurs s’adonnant à des expériences "inutiles".

    Cependant, il ne faut pas s’opposer fermement aux nanotechnologies uniquement car elles présentent des risques. La science avance grâce à la recherche et en interdire toute forme relèverait de la volonté de rester dans l’ignorance.


    2) La peur face à l'inconnu

    Un nouveau logo "nanohazard" remplacera-t-il bientôt ceux que nous connaissons aujourd'hui ?

    Fig. 27 : Un nouveau logo "nanohazard" remplacera-t-il bientôt ceux que nous connaissons aujourd'hui ?

     


    Depuis leur arrivée, les nanotechnologies sèment une véritable incertitude au sein de la population. Tout le monde se sent concerné sans vraiment savoir de quoi il est question. Un débat public au sein de la Cité des Sciences à Paris a été organisé pour tenter de mettre au clair l’avenir des nanotechnologies.



    A l’instar des OGM, les nanotechnologies se heurtent à une vague de rejet : la majorité de la population ne sait pas bien de quoi il retourne quand vient le terme de nano-objet, et réagit en l’incriminant. On pourrait dénoncer un manque d’information de la part de l’Etat, sur les recherches faites et les risques présents ; de ce fait, les gens prennent peur : on parle de nano sous-marins capables de lancer des nano-missiles, on compare les nano particules (en particulier les nanotubes de carbones) à l’amiante sans tenir compte de l’échelle, etc.

    Les comités d’éthiques s’insurgent, mais probablement que la véritable raison derrière ces manifestations, c’est la peur que les nanotechnologies menacent la liberté publique. En effet celles-ci renforcent les possibilités en matière de contrôle et de surveillance, 4502 millions de dollars ayant déjà été investi aux Etats-Unis à des « fins de défense »  (soit près de la moitié de l’argent investit en tout sur les nanotechnologies). L’idée d’objets invisibles capables de nous espionner terrifie les masses ; en effet certains nano-objets ont la capacité de capter et transmettre les renseignements grâce aux champs électromagnétiques. Ils peuvent ensuite communiquer entre eux ou envoyer les informations vers des plateformes. Le bracelet électronique, servant aux applications de peines, pourrait ainsi laisser place à une puce directement implantée dans le corps d'un individu.

    De plus, les nanotechnologies sont aux yeux du grand public un moyen de « s’augmenter » physiquement et mentalement. La place du rêve inhibe celle de la recherche et tend à créer un décalage entre ce qui est vraiment fait et ce que l’on suppose être des nanotechnologies. Il serait bénéfique d’informer la population en lui donnant les clés pour qu’elle soit en mesure d’appréhender le sujet.

    Nous avons réalisé un sondage en ville dans les rues de Montpellier pour connaître l’opinion des gens sur l’utilisation des nanotechnologies. Nous avons été surpris de constater que 29% des personnes interrogées n’ont que très peu entendu parler des nanotechnologies sur internet ou dans la presse ou ne sont pas en mesure de donner une réponse à notre sondage. Sur 42 personnes interrogées, 12 ne connaissant pas suffisamment le sujet, nous n’avons retenu que les 30 autres pour présenter le résultat obtenu le plus intéressant, à savoir la réponse à la question « dans quoi repose l'avenir et l’intérêt des nanotechnologies selon vous ? ». Le  résultat est présenté sous forme de diagramme circulaire :

    Résultats du sondage réalisé dans les rues de Montpellier (centre ville). Présentation des réponses à la question "dans quoi repose l'avenir et l’intérêt des nanotechnologies selon vous ?"  Légende

    Fig. 28 : Résultats du sondage réalisé dans les rues de Montpellier (centre ville). Présentation des réponses à la question "dans quoi repose l'avenir et l’intérêt des nanotechnologies selon vous ?"

    Le sondage montre clairement le manque d’information sur le sujet. En effet, plus de 26% des gens ayant répondu à ce sondage estiment que les nanotechnologies sont une solution « miracle » à de nombreux problèmes aussi bien quotidiens qu’existentiels… A l’heure actuelle nous ne sommes qu’aux prémices de la commercialisation des nanotechnologies et prévoir de solutionner de tels problèmes parait bien ambitieux. De plus, la majorité des participants, soit 37%, estime que le domaine de la médecine est privilégié pour l’utilisation des nanotechnologies. Ce résultat montre bien que le lien « nanotechnologies – nanorobots » est ancré dans la société alors que les nanotechnologies sont appliquées à des domaines très vastes comme l’informatique et les matériaux. Par ailleurs, les nanorobots sont encore peu développés et restent au stade de quelques simples nano-objets. Les particules contrôlées dotées de pinces et de roues ne sont donc pas prévues de sitôt.


    En outre, la recherche dans les nanosciences est grandement orchestrée par les firmes mondiales qui laissent courir le bruit d’une technologie réalisant tout les désirs les plus fous et transformant la science-fiction en réalité.


    Manifestation pour la fermeture du centre de recherche Minatec basé sur les micro et nanotechnologies

    Fig. 29 : Manifestation pour la fermeture du centre de recherche Minatec basé sur les micro et nanotechnologies.


    La recherche de fonds se fait le plus souvent par l’intermédiaire d’organismes qui doivent sélectionner les projets les plus prometteurs, délaissant ainsi d’autres idées moins plaisantes. Cependant, l’existence même d’un « rêve » ou encore d’un espoir au sein de la recherche permet de la solliciter : en essayant toujours de repousser les limites, on finit par arriver à une révolution scientifique composée de nombreuses découvertes. Un des reproches que l’on pourrait faire à la société actuelle est de toujours vouloir plus avec moins. En ce sens, le futur des nanotechnologies risque d’être très « noir » car il laisserait place à une individualisation et une compétition industrielle, induisant une utilisation sans recul des nanoparticules. De plus, baser une recherche sur une production excessive et sans limite est contraire au problème du développement durable posé aujourd’hui.

    Les nanotechnologies ne doivent pas contribuer à creuser encore plus l’écart entre riches et pauvres mais doivent servir d’exemple d’une harmonisation entre l’industrie et la recherche.

    L’intérêt de l’ouverture des nanotechnologies au grand public est de permettre aux citoyens de donner leur avis et de limiter la décision seule du gouvernement. Il faut gérer l’avenir des nanotechnologies et choisir vers où se tourner et fixer des objectifs.

    Un moyen de canaliser les nanotechnologies serait d’effectuer leur étiquetage. Il existe au jour d’aujourd’hui des millions de produits contenant des nanoparticules non répertoriées. Une réglementation et une régulation s’impose donc pour éviter à tout prix un débordement des nanotechnologies sur le marché.

     

     

    On ne connaît que très peu les effets à long terme des nanoparticules et leur utilisation sans préavis peut conduire à de nouvelles crises technologiques et sanitaires comme ce fut le cas de l’amiante ou de Tchernobyl. Les fautes commises dans le passé doivent servir d’exemple et en aucun cas être réitérées par une mauvaise manœuvre des nanotechnologies.


    Faut-il entreposer tous les nanoproduits et attendre qu'ils soient attestés pour les commercialiser ?

    Fig. 30 : Faut-il entreposer tous les nanoproduits et attendre qu'ils soient attestés pour les commercialiser ?

    Il est cependant difficile de mettre en place une régulation et plusieurs problèmes d’ordre éthique se posent : il n’existe à ce jour aucun organisme chargé de réguler les nanotechnologies ce qui laisse libre cours aux industriels d’orienter la recherche dans la direction la plus fructueuse (c’est le cas avec la nanoparticule ferromagnétique) et il arrive d’être confronté à des problèmes qui touchent à la vie d’une personne. Faut-il choisir entre voir son espérance de vie limitée à quelques mois lorsqu’on est atteint d’un cancer ou faut-il prendre un nano-traitement toxique et subir des effets secondaires non négligeables, pour tenter de gagner quelques années de longévité ?

    Enfin, un dernier problème soulevé est l’utilisation massive des nanotechnologies et leur recyclage. Si on venait à utiliser les nanoparticules couramment, comme par exemple le nanotube de carbone dans le cadre d’un vélo, il faudrait mettre au point les moyens suffisants pour permettre le recyclage ou la suppression de ces particules. En effet, les nanoparticules sont réputées pour se disperser facilement et rester en l’état des décennies. Cela pourrait causer une catastrophe environnementale sans précédent si des quantités de nanoparticules toxiques étaient déversées dans une rivière par exemple. On peut recycler les nanoparticules comme on le fait déjà pour les métaux lourds. Les téléphones et autres technologies possèdent de nombreux métaux. Il en sera surement de même avec les nanoparticules qui seront sans doute utilisées en petites quantités. La mise au point d’un moyen de ciblage et de récupération des nano-objets reste tout de même indispensable face à une utilisation courante des nanotechnologies.


    3) L’avenir a-t-il besoin des nanotechnologies ?

    Les « nanos » semblent être une véritable révolution pour le monde de demain. D’un point de vue social, dans un premier temps, elles apporteraient des solutions en médecine. Certes, on est loin de certaines solutions miracles espérées, mais elles marqueront tout de même le XXIème siècle de leur existence, positivement ou négativement. Un problème auquel se heurtent les nanos comme de nombreuses technologies modernes est l’accessibilité pour les pays les plus démunis. En effet, l’apparition de nanotechnologies bénéfiques (traitement contre le cancer, médicaments), crée une grande inégalité Nord/Sud. Qui va aider les pays les moins développés à profiter de cette avancée ? Les nanotechnologies sont-elles juste une révolution au même titre que l’ère de l’informatique et d’internet, qui ne touchent que les pays riches ?

    Par ailleurs, le temps entre découverte et application est parfois très long. Il a fallu plus de 30 ans avant de mettre au point la radiographie, à compter de la découverte des propriétés du noyau atomique.

    Cela laisse donc un doute sur l’arrivée officielle des nanos sur le marché mondial, d’autant que chaque branche de la recherche n’en est pas au même point.

    Dans un second temps, les nanotechnologies peuvent être un moyen phare pour relever l’industrie. Avec une portée dans des domaines très vastes et un milieu de recherche en développement constant, l’avenir des « nanos » semble être très prometteur pour redresser l’économie et créer de nouveaux postes. Cependant, la recherche française est connue pour être trop fondamentale et on souhaite aller vers plus de production et d’expérimentation.

    Cela pose un énorme dilemme : faut-il conserver une recherche théorique et autoriser petit à petit les nanotechnologies ou faut il investir et déposer des brevets en prenant le risque de voir arriver une catastrophe mondiale liée à une mauvaise utilisation des nanotechnologies.

    On parle aujourd'hui de « course aux nanos ». Si personne, du moins en France n’investit rapidement dans ce domaine, nous allons à la perte du marché juteux des « nanos », et nous deviendront dépendant des pays producteurs. L’avenir des nanotechnologies a donc besoin d’une régulation stricte au niveau mondial pour enrayer une exploitation massive sans précautions.

    C’est sans oublier que les nanotechnologies sont déjà des millions sur le marché. On les retrouve un peu partout, dans les cosmétiques, les shampooings, les téléphones et les ordinateurs, les peintures aérosol… Tous ces objets contiennent des particules dont la taille varie de 5 à 200 nm. Nous utilisons et sommes en contact avec beaucoup de particules de taille nanométrique (pot d’échappement) sans même vraiment  parler de production industrielle et d’existence de « nanos » au quotidien. En outre, les nanoparticules existent depuis la nuit des temps. Qu’elles aient été utilisées dans les peintures mayas, dans les verreries romaines (coupe de Lycurgue) ou dans la fabrication des épées, le tournant majeur dans l’histoire de l’humanité est le travail et le repérage de ces particules à l’échelle atomique. Ce qui différencie le monde banal du nano et les nanotechnologies est l’intervention de l’homme dans ce domaine.


    Coupe de Lycurgue exposée au British Museum

    Fig. 31 : Coupe de Lycurgue exposée au British Museum. Exposée à la lumière extérieure, la coupe présente une teinte vert pale. Mais éclairée de l'intérieur, elle devient rouge et met en relief ses ornements. Cela est du à la présence de nanoparticules d’or parfaitement organisées à l’intérieur du verre, reflétant des longueurs d’onde différentes en fonction de l’orientation du foyer lumineux. Simple fruit du hasard ou les romains maniaient-ils déjà les particules à leur taille la plus réduite ?


     

    Pour conclure cette troisième partie, l’hypothèse que nous envisageons et espérons pour les nanotechnologies est un investissement dans le développement durable. Tout comme l’informatique ou la chimie, les nanotechnologies pourraient bien être parfaitement intégrés dans la société d’ici 50 ans. L’image du monde « nano » de demain est déjà ancrée dans les mœurs. Les technologies nous façonnent et nous habituent progressivement aux grands bouleversements scientifiques. La recherche doit s’effectuer de manière ordonnée, sans pour autant délaisser des domaines moins prometteurs. L’étude des « nanos » devra nous apporter des connaissances et nous empêcher de sombrer dans une véritable anxiété et une hypochondrie que pourraient apporter cette science de demain. L’avenir se créera dans la recherche, l’information publique et en acquérant des connaissances.

    Nous espérons ainsi que la science de demain, guidée par les nanotechnologies, sera plus focalisée sur un développement durable et une société moins individualiste et remplacera progressivement la course à la production actuelle par des systèmes de services, nous amenant à une nouvelle ère technoscientifique.